Preparations hospitalieres et magistrales

veille bibliographique en langue française sur la préparation/fabrication de médicaments en pharmacie à l'hopital et en pharmacie d'officine

Stabilité des collyres de vancomycine à 50 mg/mL — 8 mars 2021

Stabilité des collyres de vancomycine à 50 mg/mL

Photo de Michael Morse sur Pexels.com

Une équipe américaine a publié dans le journal Pharmaceutics une étude concernant la stabilité des collyres de vancomycine. Ces collyres sont utilisés, souvent en association, dans le traitement des kératites et atteintes oculaires, notamment liées à Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline. La vancomycine engendre peu de résistance comparativement à d’autres molécules, mais il n’y a pas de formulation industrielle, engendrant la nécessité de réaliser des préparations de collyres, notamment en pharmacie hospitalière.

Les auteurs se sont intéressés à l’impact du solvant (sérum physiologique, PBS ou BSS) et du mode de conservation (à température ambiante ou à +2-+8°C) dans la stabilité de la préparation à 50 mg/mL. Ils se sont intéressés au dosage, mais également à l’efficacité microbiologique, selon la pharmacopée américaine.

A noter qu’en fonction du solvant employé pour la préparation, le pH était différent.

Ainsi il est retrouvé un trouble quand le collyre est réalisé dans le PBS, mais il n’est pas retrouvé de différence dans la concentration (sauf pour PBS à température ambiante), et dans l’efficacité antibiotique, jusque 1 mois après préparation. Il n’est pas identifié de produit de dégradation sur les chromatogrammes.

Le type de conditionnement employé n’est pas détaillé, et le procédé (par filtration stérilisante) n’est pas précisé.

Kératites à Nocardia asteroides et échec de traitement par collyre d’amikacine — 6 juin 2016

Kératites à Nocardia asteroides et échec de traitement par collyre d’amikacine

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Des auteurs américains rapportent chez un patient un échec de prise en charge de kératite liées à Nocardia asteroides, suite à la mise en oeuvre d’un traitement par collyre d’amikacine, fabriqué par l’hopital. Après changement  de la prise en charge par collyre de bactrim° trimétoprim sulfamethoxazole, une résolution rapide est survenue.

Chez un autre patient, avec une kératite liée à l’emploi de lentilles de contact, la souche de Nocardia asteroides retrouvée était aussi résistante à l’amikacine et à l’imipenem mais sensible à la tobramycine, autre aminoside.

Ces cas indiquent la nécessité d’effectuer des prélèvements et des antibiogrammes de manière à adapter au mieux la prise en charge des kératites.

Résumés EAHP 2015 sur la préparation — 10 mars 2016

Résumés EAHP 2015 sur la préparation

Le congrès de l’EAHP 2015 se déroule à Vienne en Autriche, du 16 au 18 mars.

Un certain nombre de résumés portaient sur la préparation et le contrôle à l’hopital :

  • impact économique du développement de la préparation d’une suspension buvable de mercaptopurine à 50 mg/mL par rapport à la spécialité Xaluprine° en Espagne à Valladolid (ce qui serait interdit en France), avec une économie de 4263 euros pour 3 patients traités !
  •  préparation de 2 seringues d’aflibercept à partir d’un flacon (toujours en Espagne) : amélioration de la sécurité d’emploi, de l’asepsie, et économie de 27 000 euros pour 25 patients traités !
  • évaluation de l’efficacité et bonne tolérance de la préparation de rapamycine à 0,1% topique employée 2 fois par jour chez un enfant de 6 ans, ou dans un autre hopital à 0,4% chez 2 patientes (de 10 et de 46 ans) avec une sclérose de Bourneville
  • efficacité et bonne tolérance d’une suspension buvable (250 ml of sodium bicarbonate 3.5 g, gentamicine 47 mg, hydrocortisone 58 mg, nystatine 3 000 000 UI et mepivacaine 50 mg) dans le traitement des mucites au sein d’une cohorte de 70 patients
  • efficacité d’une préparation de solution d’ivermectine pour une hyper infection à Strongyloïdes administrée par voie basse (en lavement) chez un patient
  • efficacité et sécurité d’emploi d’une émulsion (huile dans eau) topique de N-acétylcystéine à 10% et d’urée à 5% pour l’ichtyose lamellaire congénital (chez 2 patients) et ichtyose épidermolytique (chez 6 enfants) pour les lésions hyperkératosiques.
  • évaluation des applications sur téléphone portable et sur tablettes, pour adapter les dosages en pédiatrie
  • stabilité du ceftazidime générique (Mylan) en infuseur dans des conditions réelles pour des patients atteints de mucoviscidose
  • recherche systématique des excipients favorisant un passage systémique du principe actif dans les spécialités topiques ; les mécanismes et substances impliquées (AL Sousa et al.) sont :

« Skin hydration increase (urea); reduction of the permeation barrier (amides, such as azone, used as solvents and that act through drug partitioning improvement); substances which pass through the stratum corneum (pyrrolidones, which affect hydrophilic and lipophilic drugs; surfactants, especially anionic or cationics, used as emulsifiers; small peptides which act by stabilising structural proteins in the skin; modifiers of the stratum corneum: essential oils, terpenes and terpenoids; fatty acid esters: isopropyl myristate, which may promote drug solubility in the skin); sulphoxides, such as DMSO; alcohols, fatty alcohols and glycols: particularly ethanol which can increase drug solubility and extract some of the lipid fraction from the stratum corneum. »

  • Recherche des excipients dans les médicaments, ainsi que le traitement par mannose par voie orale, chez trois patients avec une intolérance héréditaire au fructose
  • Evaluation du système de dosage de poudre Quantos° pour la fabrication de gélules pour la fabrication de gélules en pharmacie hospitalière, par rapport à un remplissage manuel de gélules.
  • utilisation d’un blender pour améliorer le mélange de poudre et l’uniformité de dose pour la préparation de gélules en pédiatrie, sur un modèle avec de l’aspirine et amidon de maïs
  • application de la résolution CM/resAP(2011)1 et analyse de risque sur les préparations injectables dans un hôpital espagnol ; à partir d’un modèle développé sur 15 préparations stériles, un niveau de risque est obtenu (sur une échelle de 3 niveaux) de manière à fixer la péremption.
  • deux exemples d’application de la résolution CM/resAP(2011)1 et analyse de risque sur les préparations  en général : dans un hôpital italien (avec exemple de la manière dont cela peut orienter la formulation : exemple de la spironolactone sous forme de gélule et de suspension) et dans un hopital espagnol pour 62 préparations
  • préparation de collyres de lidocaïne 4% pour petites chirurgies, en recours par rapport à l’association de spécialités tetracaïne 0,1% et oxybuprocaïne 0,4%. Le collyre de lidocaïne formulé a un pH proche de la neutralité et semble efficace, sans problèmes de tolérance dans le cadre de son utilisation dans un centre.
  • évaluation de stabilité de seringues IV d’héparine préparées à la pharmacie hospitalières et autoclavées ; la mesure de l’activité de l’héparine selon les dernières mises à jour de la pharmacopée a été réalisée. L’ économie de cette production centralisée s’élève à 75 000 euros/an pour un seul hopital !
  • évaluation de la stabilité de préparations topiques de sevoflurane (un anesthésique halogéné) dilué dans du DMSO (pour les ulcères vasculaires) : la préparation s’avère stable au moins 21 jours, sur le plan physique et chimique.
  • évaluation des propriétés rhéologiques de gomme gellane (E418) en solution, un gélifiant et modificateur de texture, utile pour réaliser des préparations chez des patients ayant des troubles de la déglutition.
  • présentation de la procédure de préparation de thioguanine buvable 40 mg/mL (suspension) à partir de comprimés, stable 30 jours.
  • stabilité de génériques de piperacilline/tazocilline dans des poches de glucose au moins 44 jours à 5°C, après décongélation au micro-onde, rendant possible la préparation centralisée de ces poches à la pharmacie.
  • évaluation en pratique clinique des modalités de préparation des injectables dans les services de soins pour organiser la préparation centralisée des injectables à la pharmacie : ainsi 20 molécules représentent 83 % des médicaments administrés en injectable.
  • analyse de la préparation des patchs pour les tests allergologiques dans un hopital espagnol, concluant en la nécessité de bâtir une standardisation des modalités de préparation.
  • évaluation de la qualité des préparations de nutrition parentérale réalisées en service de soins en néonatologie à Lausanne : les préparations étaient stériles et apyrogènes mais des écarts en termes de concentration de glucose ou d’électrolytes étaient fréquemment retrouvées.
  • Evaluation de la stabilité et caractérisation de préparation de pastilles sans sucre de nystatine-lidocaine à destination de patients ayant une mucite, par une équipe portugaise.
  • Etude de stabilité pendant 60 jours d’une suspension buvable d’amiodarone à 20 mg/mL dans le véhicule complexe SYRSPEND, par l’équipe de Rennes.
  • Etude de stabilité pendant 60 jours d’une suspension buvable d’oxybutynine à 5 mg/mL dans le véhicule complexe SYRSPEND, par l’équipe de Rennes.
  • Etude de stabilité pendant 15 jours au réfrigérateur d’une suspension buvable de capecitabine à 500 mg/5 mL dans le véhicule complexe ORA PLUS/ORA SWEET.
  • Évaluation de l’utilisation de collyres de sérum autologue chez 70 patients suivis dans un hôpital espagnol.
  • Utilisation de thiosulfate de sodium dans la nécrose cutanée par traitement par calciphylaxie chez une femme par 3 voies d’administration : par voie intraveineuse, par voie intra-lésionnelle ou par voie topique à 10%. Dans tous les cas, il a été rapporté une amélioration sans effet indésirable.
  • Utilisation de thiosulfate de sodium à 10% en crème huile dans eau pour le traitement de calcinose cutis, chez 2 nouveaux nés prématurés.
  • Evaluation de l’efficacité d’un sirop de Propranolol à 2 mg/mL pour les angiomes de la peau chez 23 patients.

 

Utilisation du tacrolimus en collyre ou en pommade ophtalmique — 25 juillet 2015

Utilisation du tacrolimus en collyre ou en pommade ophtalmique

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L’utilisation de collyres de ciclosporine à haute concentration, fabriqués dans les pharmacies hospitalières est courant ; ces collyres sont disponibles à l’Hotel-Dieu-Cochin, à Clermont Ferrand, …  L’utilisation de formes ophtalmiques contenant du tacrolimus, molécule proche sur le plan pharmacologique, a été décrite dans 3 études.

Dans un premier article les auteurs rapportent les résultats d’un essai clinique randomisé en double aveugle comparant des collyres de ciclosporine à 2% et une pommade de tacrolimus à 0,1% administré pendant 8 semaines dans la kératoconjonctivite vernale chez 24 enfants.

Les données d’efficacité et de tolérance ont été comparables, permettant de proposer en alternative cette préparation de tacrolimus en alternative à la ciclosporine.

La pommade ophtalmique de tacrolimus était fabriquée par la pharmacie de l’hôpital, à partir de gélules de tacrolimus mélangées avec une base ophtalmique contenant 80% de paraffine, 10% d’huile de paraffine, et 10% de lanoline (était -elle stérile ?). Le collyre à la ciclosporine était obtenu à partir de ciclosporine à 50 mg/mL dilué dans de l’huile d’olive en condition aseptique.

Dans un autre essai, correspondant à un suivi de cohorte, les auteurs décrivent l’efficacité d’une pommade ophtalmique de tacrolimus à 0,02% dans la prise en charge d’une cohorte de 12 patients précédemment traités par stéroïde pour des maladies de la surface oculaire inflammatoire réfractaire (conjonctivite cicatricielle chronique ; sclérite nécrotique ; ulcère de Mooren). La tolérance était bonne.

La pommade ophtalmique était obtenue par préparation aseptique en mélangeant du Protopic (tacrolimus en pommade à 0,03%) avec la base visqueuse lubrifiante duratears° (Alcon) (composée de 30 mg de lanoline anhydre liquide par gramme de base minérale).

Une formulation similaire a été employée dans le cadre d’un essai clinique sur la forme oculaire de GVH (graft versus host ou greffon versus hôte). La GVH est une complication survenant suite à une greffe de moelle osseuse, qui est une technique utilisée dans le traitement de certaines leucémies et autres maladies du sang. des signes ooculaires surviennent environ dans 50% des cas de GVH, et se manifestent par une sécheresse et inflammation. Le traitement classique consiste à employer des corticoïdes et/ou des collyres de sérum autologue.

L’essai était un suivi rétrospective de cohorte de 13 patients (24 yeux) ayant bénéficié de la pommade de tacrolimus plus de 6 mois.

Un bénéfice net en termes d’inflammation et de réduction de recours à des corticîdes a été  relevé et une bonne tolérance a été constatée, exceptée une sensation de brulûre relevée chez un patient.

Collyres de linézolide 0,2% et premières expériences cliniques —

Collyres de linézolide 0,2% et premières expériences cliniques

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L’intérêt de collyres de linézolide 0,2% est décrit dans cette série de 3 cas rapportés.

En effet les kératites (infections cornéennes) non liés à des lentilles de contact sont souvent liées à des bactéries Gram positif, avec de plus en plus de résistance décrites.

Des auteurs rapportent l’utilisation de ce collyre de linézolide. Le collyre a été utilisé systématiquement après utilisation de vancomycine inefficace ou mal toléré (brûlures ou défauts épithéliaux de surface).

Le collyre de linézolide utilisé 3 semaines a été efficace et bien toléré, même chez les 2 patients ayant une intolérance préalable à la vancomycine. La préparation était réalisée à partir d’injectable de linézolide.